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Tornade
Une diva. Un ouvreur. L'attente. Le spectacle va commencer. Ou pas. L'actrice principale – nonagénaire - n'arrive pas : il va falloir meubler. Avec humour et malice, Antoine Heuillet signe un hommage en creux au théâtre et aux grandes figures féminines qui le hantent – nostalgie d'une époque qu'il n'a pas vécue et dont il se souvient pourtant.
Car Antoine Heuillet souffre d'anémoia : la nostalgie pour un temps qu'on n'a pas connu. Des voix, des visages, des silhouettes disparues avant même sa naissance le hantent avec une familiarité troublante. Madeleine Tornade – et toutes celles qu'elle incarne – devient le prétexte d'une traversée poétique et cocasse : une galerie de fantômes féminins surgit, s'éclipse, revient, portant avec elle l'esthétique d'un théâtre révolu, son humour, son élégance, son grain si particulier.
Derrière la comédie du rendez-vous manqué se joue une déclaration d'amour au théâtre lui-même – à cette magie qui dure le temps d'une représentation, puis disparaît. Une méditation sur la mémoire qui invente autant qu'elle conserve, sur l'éphémère comme seul vrai territoire de la scène. Drôle, décalé, parfois mélancolique, le spectacle avance entre le rire et l'émotion – et finit par poser la question qui le traverse tout entier : comment aimer ce qui a disparu sans se perdre avec lui ?
Antoine Heuillet




