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Ivanov
anapés élimés, fauteuils avachis, tapis râpés… C’est là pourtant que sont installés, au plus près, acteurs et spectateurs. Impressionnante apnée dans les mots de Tchekhov, dans cet univers en déglingue où l’on rit, où l’on meurt, où les illusions s’effilochent. Mais n’est-il que russe, cet univers ?
Quadrifrontal : c’est le mot un peu savant qu’utilisent les professionnels du théâtre quand il s’agit d’abattre le fameux quatrième mur. Quand, jauge réduite, public installé à même le plateau, distance scène-salle abolie, quand, acteur des fêtes d’Ivanov ou témoin de sa décrépitude, le spectateur n’a plus qu’à se laisser engloutir dans l’univers tchékhovien.
Car tout est là, déjà, dans cette pièce de jeunesse, fable cruelle où grincent paradoxalement les ressorts du rire : la sensation d’un monde qui meurt, les amours déjà mortes, la jeune fille au cœur pur, l’idéaliste sans frein et le glouton sans mesure… Et la soumission au temps qui passe en espérant qu’il va tout arranger. Et l’alcool pour refuge évidemment. Russe tout cela ? Si russe ? Certes. Mais la belle mise en scène de Myriam Muller, l’intemporalité des costumes, tirent cet Ivanov loin de l’archéologie tchékhovienne.
Ces petits bourgeois sans boussole, cette époque où les dirigeants semblent avoir si peu de prise sur les événements ne seraient-ils pas – aussi – d’un autre temps et d’un autre lieu ? Mais voilà que la fête reprend chez Ivanov… Une fête de plus, une fête pour rien…