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Capri - L'Île des fugitifs
Sur une falaise abrupte de Capri se dresse la casa Malaparte, étrange maison bâtie en 1937 par l’écrivain italien. Elle prolonge une longue histoire d’exils sur l’île : avant elle, la villa de Tibère, puis la Casa San Michele d’Axel Munthe ; là sont passés Henry James, Rilke, Cocteau, Gorki, Lénine, Picasso, fugitifs venus chercher un asile. En 1963, Godard y filme Le Mépris, avec Fritz Lang et Brigitte Bardot sur la terrasse blanche d’où Ulysse devait apercevoir Ithaque. Refuge, antre d’artiste, prison volontaire, archétype de la maison : Capri est un carrefour de destins.
C’est ce lieu-monde que Krystian Lupa déploie dans Capri – L’Île des fugitifs, opus magnum d’un grand visionnaire de la scène européenne, créé en 2019 d’après Kaputt et La Peau de Curzio Malaparte. Figure inclassable du XXe siècle, passé du fascisme au communisme, témoin halluciné des désastres de la guerre, Malaparte mêle dans ses livres le reportage et la fable, la cruauté et l’intime. Sa villa devient ici le cadre unique d’un huis clos hanté, où Tibère croise Godard. Au-dehors, gronde une guerre dont on ignore le numéro. Lupa la nomme « le monstre de l’Europe » : l’hubris de ceux qui ont voulu refaire l’homme et le monde, et n’ont laissé derrière eux que des ruines. À l’intérieur, des fugitifs lisent Homère, tentent d’échapper au siècle.




