Antigone
En relisant Antigone, j'ai le plaisir de me perdre dans le labyrinthe d'une œuvre énigmatique. Les questions se multiplient, qui font corps avec la pièce.
Pourquoi Antigone se précipite-t-elle dans la mort, tête baissée ? Pourquoi Créon inaugure-t-il son règne en déclarant la guerre à un cadavre ? Pourquoi enferme-t-il vivante dans un trou la jeune rebelle alors qu'il laisse le corps de son frère exposé au soleil, à la merci des chiens ? Pourquoi le monarque connaît-il une déchéance aussi rapide que celle d'Oedipe et tout aussi cruelle ? Vers le soir, sa femme et son fils se seront suicidés et le roi d'un seul jour traînera, abandonné de tous, cadavre vivant.
Cette succession d'énigmes a été recouverte, à travers le temps, sous un amas de commentaires et d'interprétations. Antigone n'a pas cessé d'entraîner derrière elle d'autres Antigones : on a voulu voir sous cette figure une Jeanne d'Arc de l'Antiquité, une résistante de la dernière guerre, une martyre laïque de la liberté de conscience. Le mythe semble avoir fructifié aux dépens de la pièce. Il lui fait de l'ombre.
On ne peut sans doute pas séparer Antigone de Créon : ce sont deux figures qui se font face, se renforcent en s'opposant. Chacune est le miroir de l'autre et son repoussoir.
Jacques Nichet
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- Odéon-Théâtre de l'Europe | Paris14 mai > 12 juin 2004